Entretien avec Raphaël Viguier

attaché d’administration à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal)

Raphaël a participé au comptage des aigles sur la Haute-Chaîne au mois de mars. J’étais sur le même poste d’observation, et, les aigles ayant décidé manifestement de nous bouder, nous avons eu du temps pour échanger ! Cela m’a permis d’apprendre beaucoup de choses sur le rôle de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) pour laquelle travaille Raphaël.
Les Dreal sont des services déconcentrés relevant du ministre chargé de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Peux-tu te présenter ?

Je suis fonctionnaire de l’Etat attaché d’administration. Les attachés participent à la mise en œuvre des politiques ministérielles et interministérielles.

Après un master en droit européen, j’ai passé le concours d’attaché d’administration et j’ai intégré l’Institut Régional d’administration de Nantes qui forme les attachés.

Mon premier poste était à la Dreal Normandie; j’y suis resté 4 ans et j’ai travaillé sur l’évaluation environnementale, un dispositif d’information du public qui découle de directives européennes. Cette expérience m’a permis de me spécialiser sur les études d’impact.

Depuis 2020, je suis chargé de mission biodiversité à la DREAL Auvergne-Rhône Alpes à Lyon.

Qu’est-ce que l’évaluation environnementale ?

L’évaluation environnementale permet d’évaluer l’impact d’un projet privé ou d’un plan public sur l’environnement au sens très large, c’est-à-dire sur la santé humaine ; la biodiversité  ; les terres, le sol, l’eau, l’air et le climat ; les ressources naturelles et le paysage.

Cette évaluation est réalisée par le porteur de projet (plus d’infos sur Les principes de l’évaluation environnementale | DREAL Normandie (developpement-durable.gouv.fr) et doit permettre de définir les mesures d’évitement, de réduction voire de compensation permettant un impact nul du projet sur l’environnement.
Enfin, une autorité environnementale indépendante rend un avis à destination du public. Cet avis, préparé par les agents de la Dreal, est soumis à l’autorité environnementale (la Mission régionale d’autorité environnementale ou l’Autorité environnementale nationale)), pour finalisation et validation puis est présenté lors de l’enquête publique. Il vise à éclairer le public afin de ne pas montrer seulement les documents du porteur de projet, mais aussi un éclairage indépendant.

Quels types de projets as-tu été amené à évaluer ?

J’ai travaillé sur beaucoup de sujets différents : des projets de parcs éoliens, de carrières, de restauration écologique, des documents d’urbanisme, comme le PLU de la métropole de Rouen, de la ville du Havre, des plans climat-air-énergie territoriaux, des forages… On examine toutes les composantes de l’environnement, tels que la biodiversité, mais aussi le climat, l’air, le sol, la santé humaine, les paysages, donc on est attentif à ce que tous les impacts soient bien identifiés dans toutes ces composantes.

Quelles sont les missions de la Dreal ?

La direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement est l’administration régionale du ministère de la transition écologique et la cohésion des territoires. Elle comporte beaucoup de corps de métiers différents, et de missions différentes.
Il y a, par exemple, un service qui s’occupe du contrôle routier des poids lourds, un service qui s’occupe des risques industriels, des collègues qui travaillent sur le changement climatique et sur la transition énergétique, des personnes qui s’occupent des politique du logement et de l’habitat , ou encore d’eau et de biodiversité…
Une des missions de la Dreal (plus d’information : Décret n° 2009-235 du 27 février 2009 relatif à l’organisation et aux missions des directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement – Légifrance (legifrance.gouv.fr)) est de contribuer à l’information, à la formation et à l’éducation des citoyens sur les enjeux du développement durable et à leur sensibilisation aux risques.

Quel est le rôle de la Dreal par rapport à la biodiversité ?

Premièrement, la Dreal une mission d’animation de pilotage régional des politiques de biodiversité, par l’accompagnement et le financement d’un réseau d’acteur du territoire : pilotage du fonds vert biodiversité, mise à jour des listes rouges, agrément des Conservatoires d’espaces naturels et des Conservatoires botaniques nationaux, etc. Elle a en particulier la responsabilité du suivi et de l’animation des plans nationaux d’action qui suivent des espèces menacées et visent à améliorer la conservation de ces espèces. Par exemple, le Grand tétras, le Loup et le Lynx sont des espèces qui font l’objet d’un plan national d’action.

Deuxièmement, la Dreal a un rôle prépondérant pour la protection des espèces. Elle intervient dans l’instruction des demandes d’autorisation, de projets, etc., en région, dès lors qu’il y a un enjeu de biodiversité pour orienter le pétitionnaire à mieux prendre en compte la biodiversité et aussi vérifier le respect des systèmes de dérogation qui permettent dans des conditions strictes (notamment avec obligation de compensation), de détruire des habitats ou d’espèces protégées. Troisièmement, la Dreal suit les réserves naturelles nationales. En tant que chargé de mission, je suis 3 réserves : les Hauts de Chartreuse, la Haute Chaîne du Jura et les Gorges de l’Ardèche.

Paysage jurassien depuis la Haute Chaine

L’implication de la Dreal pour la gestion des réserves naturelles

Une réserve naturelle est créée par décret, et c’est le service du préfet qui fait appliquer ce décret. Lorsque l’Etat confie la gestion d’une réserve à un gestionnaire local par le biais d’une convention, la convention liste les obligations à l’égard du gestionnaire, et la Dreal s’assure que cette convention est bien respectée en toutes circonstances. Les gestionnaires locaux, qui peuvent être des établissements publics, des associations, des collectivités locales ou des groupements de collectivités, ne sont pas tous impliqués de la même manière dans la préservation de la réserve qui leur est confiée.

Pour la Réserve naturelle de la Haute Chaine du Jura, le gestionnaire local est depuis mai 2003, la Communauté d’agglomération du Pays de Gex. Vis à vis des réserves, la Dreal représente l’Etat, notamment pour ce qui est juridique, règlementaire et financier.  La DREAL peut aussi accompagner de manière plus poussée les réserves dont le gestionnaire n’a pas suffisamment de moyens humains ni de ressources financières.

Une de mes missions est de participer à l’animation des comités consultatifs de la Réserve ; à l’élaboration des textes qui sont pris en application du décret, par exemple des arrêtés de zones interdites à la chasse, la réglementation de certaines activités, comme récemment sur les pièges photos…

Lorsque l’on met en place une réglementation sur les activités et manifestations sportives comme c’est le cas dans la réserve naturelle des gorges de l’Ardèche, on organise une concertation avec les acteurs du monde de l’escalade, de la spéléologie, des trailers, des sports nautiques etc.

Sur la Réserve naturelle de la Haute Chaine du Jura, il y a eu par exemple une réunion avec l’ONF sur la gestion sylvicole, et sur l’impact du scolyte, qui va poser des questions réglementaires.

Gaëlle Lauby

Flânerie autour des orchidées gessiennes

Les orchidées évoquent souvent des fleurs exotiques, chères et difficiles à cultiver. Mais à côté, il existe des orchidées européennes. Ce sont des fleurs plus modestes mais ayant beaucoup de charme pour qui les rencontre au gré d’une promenade dans la nature.

Il y en a plus de 150 espèces en France. Pour le pays de Gex, on arrive à environ 60 espèces. Elles colonisent tous les milieux. Cela commence depuis les marais à la frontière suisse jusqu’aux crêtes du Jura dans la Réserve Naturelle du Haut Jura.

Chaque milieu possède ses espèces particulières :

  • Dans les zones de marais et prairies humides, nous observons la grande listère (listera ovata), la spiranthe d’été (spiranthes aestivalis), la liparis de Loesel (liparis loeselii), l’orchis de traunsteiner (dactylorhiza traunsterneri), orchis des marais (orchis palustris), l’orchis incarnat (dactylorhiza incarnanta)…
  • Dans les zones de prairies sèches et herbages maigres, nous trouvons l’orchis pyramidal (anacamptis pyramidalis), l’orchis mâle (orchis mascula), l’orchis singe (orchis simia), l’orchis pourpre (orchis purpurea), l’orcis bouc (himantoglossum hircinum), l’ophrys bourdon (ophrys bombyliflora)
Orchis bouc
  • Dans les bois clairs au sol sec, nous voyons l’helléborine rouge (epipactis atrorubens), la céphalanthère blanche (cephalanthera damasonium), la céphalanthère rouge (cephalanthera rubra)
Helléborine rouge
Céphalanthère blanche
  • Dans les bois humides et ombragés, nous rencontrons la néottie nid d’oiseau (neottia nidus-avis), le sabot de Vénus (cyprepedium calceolus)…
  • En montagne, nous observons l’orchis sureau (dactylorhiza sembucina), la nigritelle noire (nigritella nigra), l’orchis globuleux (trausternera globosa)
Nigritelle noire
Orchis sureau

Voici un panel, non exhaustif, des orchidées que vous pouvez rencontrer au gré de vos flâneries et balades en nature dans le pays de Gex.

Certaines espèces se raréfient du fait du bouleversement ou de la disparition de leur biotope. Il est important de les laisser en place et de ne pas empiéter sur leur territoire.

Une immense majorité de celles-ci sont visibles depuis les chemins et sentiers de balade et randonnée.

Faites vous plaisir en les observant et en les prenant en photos.

Un jour, peut-être, vous tomberez nez à nez avec le Graal des amateurs d’orchidées : le Sabot de Vénus. Il est un endroit du pays de Gex où il pousse, mais chut !!!! laissons-le vivre et se reproduire tranquillement.

Bibliographie :

Les orchidées de France – Société Française d’Orchidophilie

Orchidées – Marie-Jo Dubourg-Savage/Cecilia Fitzsimons

Crédit photos : Jean-Loup Gaillard

Jean-Loup Gaillard- Emmanuelle Lugand

Le piège des pièges photos

De plus en plus de pièges photos posés à des fins de loisirs

Les pièges photos sont depuis longtemps utilisés par les agents de la Réserve à des fins de surveillance et de suivi scientifique, notamment pour le lynx. Mais ces 5 dernières années, la Réserve naturelle a constaté que l’utilisation des pièges photos et vidéos à des fins de loisirs par des personnes privées (chasseurs, naturalistes ou photographes amateurs par exemple) a beaucoup augmenté, probablement en raison du retour du loup. Les conséquences de ces pratiques de loisirs sont malheureusement néfastes pour la faune. En effet, ces pièges sont posés dans des zones de plus en plus sensibles et reculées et les personnes qui les ont posés viennent les relever régulièrement, ce qui entraîne une augmentation très importante des dérangements pour les animaux.

Dans la vidéo ci-dessous, vous verrez de magnifiques images de lynx et de loup prises grâce à des pièges photographiques installés dans le cadre des suivis scientifiques, et vous comprendrez pourquoi la pose « sauvage » des pièges à des fins de loisirs représente un danger pour la faune. Johan Rosset, conservateur de la Réserve, le résume ainsi «  la passion l’emporte sans doute sur la raison ».

Cliquez ici pour voir la vidéo

Le bon usage des pièges photos réglementé par un arrêté préfectoral

Pour réduire l’impact sur la faune et notamment les sites de nidification de l’Aigle royal et les zones de reproduction du Lynx boréal, et respecter également le fait que ces pièges sont posés par des personnes dans des propriétés privées, un arrêté préfectoral réglemente désormais leur usage dans la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura.

Ainsi, l’installation de pièges-photographiques/vidéos au sein du périmètre de la Réserve naturelle nationale de la Haute Chaîne du Jura à des fins de loisirs est interdite toute l’année dans certaines zones sensibles. Dans les autres zones, il est autorisé sous certaines conditions comme d’avoir l’autorisation préalable du propriétaire de la parcelle concernée par la pose de piège-photo, et d’informer obligatoirement les services de la Réserve naturelle.
Plus d’informations ici

Lire l’arrêté : https://www.rnn-hautechainedujura.fr/composants/uploads/2023/12/1-AP-Piege-photos.pdf

Gaëlle Lauby

La biodiversité des alpages de la Réserve est-elle en bonne santé ?

La Réserve Naturelle Nationale de la Haute Chaîne du Jura a commencé en 2022 un suivi de la qualité des sols sur 4 alpages (La Chenaillette ; le Gralet ; le Sorgia ; Vieille Maison) sur lesquels des troupeaux de bovins pâturent entre juin et octobre.

Or, la présence de bétail sur les alpages enrichit le sol en matière organique, ce qui peut entraîner une eutrophisation, c’est-à-dire un excès de nutriments (azote, phosphore par exemple) dans le sol et être nuisible pour la biodiversité locale, en favorisant l’émergence de certaines espèces végétales au détriment des espèces d’origine.

C’est pourquoi la Réserve a lancé ce suivi de qualité sur ces 4 alpages, dans lesquels les pratiques pastorales de ces 4 alpages ont évolué: remises en pâturage, aménagements des alpages, etc.

Etude de la végétation
Le Conservatoire Botanique National Alpin a réalisé des inventaires de chaque strate de végétation sur des échantillons de surfaces. Les résultats montrent que ces 4 alpages ont un niveau d’eutrophie moyen, qui varie selon les endroits. Des plantes qui apprécient l’apport en matière organique se développent particulièrement près des endroits où le bétail est présent le plus souvent, comme par exemple autour des bâtiments. Par exemple on peut voir des massifs d’ortie, plante qui apprécie les sols riches en azote.

Ortie

Etude du fonctionnement du sol
Le bureau d’étude Elisol a étudié le fonctionnement biologique du sol en observant sa composition en nématodes, des petits vers (plus de 1 million par m2) dont la diversité en espèces reflète l’état du sol. Les nématodes participent notamment à la décomposition des matières organiques. L’étude a analysé séparément les zones de pelouse et de pré-bois. Les résultats montrent que les sols étudiés ont un relativement bon fonctionnement biologique.

En conclusion, l’analyse de la végétation et du sol montrent que ces 4 alpages sont globalement en bonne santé avec des variations locales. Ces analyses seront reconduites de nouveau dans 5 ans.

Article écrit d’après l’actualité publiée sur le site de la Réserve
et les études du bureau Elisol et du Conservatoire Botanique National Alpin

Gaëlle Lauby Cuillerot

Les naturalistes et la Réserve

L’histoire de la Réserve, nous l’avons vu, n’a pas commencé en 1993 mais remonte au tout début des années 1960 avec les premiers lanceurs d’alerte, des naturalistes locaux bien décidés à faire reconnaitre et protéger la biodiversité extraordinaire de la Haute-Chaine et de sa périphérie. L’un d’eux, notre ami Jacques Bordon, nous a guidé.es dans notre plongée dans les archives, destinée à vous faire (re)vivre quelques moments forts de la gestation et des premiers pas de la Réserve, vus du côté des naturalistes.

Depuis la Haute-Chaine du Jura : vue sur ses deux versants

1962 — 1964. Premiers jalons vers une préservation de la Haute-Chaine
Dès les années 1960, un projet de protection des sommets de la Haute-Chaine est élaboré par quelques personnalités locales passionnées de botanique : le célèbre Dr Corcelle (qui sera aussi à l’origine de feu l’ACNJ), M. Moreau, pharmacien de Collonges ou encore le professeur Piquet. En avance sur leur époque, ils pressentent la nécessité de préserver les richesses naturelles de la Haute-Chaine des menaces qui la guettent. Le projet est rejeté par les élu.es.

1974 – 1979. AGENA, notre aïeule
Accusée à tort d’être sous la coupe de « gauchistes », l’AGENA (Association GEssienne de défense de la NAture) ne reçoit pas le soutien des élu.es. Bien que son projet de Réserve, soutenu par 26 associations, n’aboutisse pas à cette période, l’AGENA pose de premiers « petits cailloux » dans l’esprit des Gessiens, faisant progresser l’idée d’une Réserve.
Qui plus est, l’AGENA donnera en 1979 naissance à une autre association… les Ami.es de la Réserve Naturelle !

visite sur le terrain avec des membres du CNPN (JP Raffin – A Reille) accompagnés par J Bordon

1978 — 1984. Une Réserve au cœur d’un PNR ?
En 1979, c’est au tour d’élu.es, mené.es par le sénateur Roland Ruet et le maire de Farges, Daniel Juliet, de porter un projet de protection mais ils envisagent un espace protégé restreint, au cœur d’un vaste PNR (Parc Naturel Régional), outil de développement territorial et non protection. Les élu.es rejettent le projet de peur de générer une « usine à gaz » (dixit Roger Anselme !).

1985 – Retour en grâce de l’idée de Réserve
Certain.es élu.es, notamment Roland Ruet et Pascal Meylan, maire de Ferney, se rendent à l’évidence : le développement urbain et touristique du pays de Gex et de la Haute-Chaine, qui s’accélère, ne peut se faire sans préserver le patrimoine naturel du territoire. Ils portent donc à nouveau l’idée d’une Réserve Naturelle.

A partir de 1985. Du rêve à la réalité…
La même année, les Ami.es de la Réserve Naturelle, présidé.es par Louis Burnod, déposent un projet associatif définissant les limites d’une grande Réserve et proposant la charte associée. Parmi les naturalistes artisans de ce projet ambitieux, citons Jacques Bordon, Pierre Roncin, Pierre-Maurice Laurent et Jean-Louis Rolandez, ainsi que Jean Dorgelo, chargé de mission.

Il faudra de longues discussions et négociations (voir article de Pierre-Maurice Laurent sur la genèse de la Réserve ) pour trouver un compromis acceptable par tou.tes les partenaires, des élu.es aux propriétaires de chiens, en passant par les chasseurs et chasseuses (parmi lesquel.les le Dr Corcelle). La question de la chasse au sein de la Réserve fait d’ailleurs, toujours de nos jours, couler beaucoup d’encre et de salive…

Parmi les secteurs qui auront pu être placés en Réserve si le projet associatif (14 000 ha contre 11 000 ha finalement retenus) avait été adopté :
• Au Sud, la Réserve intégrerait les précieux milieux naturels de la Combe d’Enfer et des environs du Fort l’Ecluse, notamment ceux aux influences méditerranéennes.
• Côté Valserine, le projet associatif prévoyait de rejoindre la rive gauche de la Valserine (ainsi que la tourbière du Niaizet en rive droite, à Lélex) afin d’inclure toute la diversité des milieux qui occupent la Haute-Chaine dans son ensemble.
• Côté bassin lémanique, l’ensemble des bas-monts aurait bénéficié de mesures de gestion grâce à la Réserve, afin de contrer la fermeture de ces milieux riches floristiquement.
Autres compromis restant à atteindre : mettre fin aux coupes forestières avec engins dégradant les fragiles pessières et au piétinement par le bétail de la seule tourbière à sphaignes de la Haute-Chaine, vers la Greffière. Les discussions continuent…

1987 – Le Conseil National de la Protection de la Nature en visite sur la Haute-Chaine
Le 16 juillet, guidé.es par Jacques Bordon et Christian Grospiron (maire de Lélex et président du « groupe des élus gessiens pour la Réserve »), des représentants du Ministère de l’Environnement et des scientifiques du CNPN (Conseil National de la Protection de la Nature) découvrent quelques joyaux de la Haute-Chaine. En particulier, Chantal Bonnin-Luquot, Antoine Reille et Jean-Pierre Raffin sont impressionné.es par les associations végétales d’exception du Crêt de la Neige que sont la pinède à lycopodes et la pinède sur éboulis froids, de même que le spectaculaire canyon de la Haute-Chaine. Cette visite marquera les esprits des scientifiques et fera avancer la cause du projet de Réserve Naturelle à l’échelle nationale.

1991 – 1993. Le Conseil National de la Protection de la Nature met définitivement la Réserve sur les rails
Quelques années après la venue de certain.es membres du CNPN sur la Haute-Chaine, en complément de la présentation du rapporteur Gilles Benest, deux personnalités gessiennes interviennent à Paris : le sous-préfet de Gex, M. Guillaume, et Roger Anselme qui représentait les élu.es. En tant qu’expert scientifique, Jacques Bordon, par sa connaissance pointue de la flore et la faune de la Haute-Chaine, contribuera à convaincre les scientifiques du CNPN de l’intérêt de la Réserve, qui sera finalement actée en 1993.

Gérée d’abord par GERNAJURA, association regroupant élu.es, propriétaires, alpagistes, ONF (Office National des Forêts), ARN et Amicale des Chasseurs, la Réserve sera plus tard (2003) prise en charge par la Communauté de Communes du Pays de Gex (devenue Pays de Gex Agglo).
Le rôle des ARN n’en reste pas moins crucial pour la défense de la nature de la Haute-Chaine. Outre les actions de sensibilisation à la nature, qui est sans doute la part de nos activités que vous connaissez le mieux, nos bénévoles se font porte-parole des intérêts de la faune et de la flore de la Réserve dans les instances officielles que sont le Comité Consultatif (« Parlement de la Réserve ») et le Comité de Suivi des Travaux (https://www.rnn-hautechainedujura.fr/fonctionnement-2/instances-2/).

1994 – Premières Rencontres Jurassiennes
Grand.es absent.es des instances de gestion de la Réserve Naturelle, les scientifiques doivent par eux-mêmes, à l’initiative de Jacques Bordon, organiser des Rencontres Jurassiennes afin de partager leurs recherches et observations (voir la présentation des intentions dans l’avant-propos des actes de ce colloque). Autour de Jacques, sans prétendre à l’exhaustivité, citons l’énorme investissement d’Alice Thorndahl, Jocelyne Boch et Jacques Duthion ainsi qu’Alexandre Malgouverné, Fernand Jacquemoud, Pierre-Maurice Laurent, Louis Burnod et Jean-Jacques Sacchi, faisant de cet événement une réussite.
Hélas, cette première édition est boudée par les élu.es, ce qui fait dire à Jacques Bordon : « Je déplore l’absence des élus gessiens à ces Rencontres Jurassiennes. Je suppose qu’ils ne jugent pas utile d’être informés sur les réalités scientifiques avant de prendre leurs décisions en matière de gestion du territoire ». Un constat qui, hélas, est encore d’actualité pour bon nombre d’élu.es…

D’autres éditions suivront, sur différents sites, jusqu’à la 6ème édition en 2015 (déjà !) sur le site de la Réserve Naturelle de Remoray (Doubs). Nous ne désespérons pas de pouvoir, un jour, organiser les 7èmes Rencontres qui avaient été annulées en 2021 pour cause de pandémie planétaire…
Véritables colloques scientifiques de grande qualité, ces Rencontres donneront lieu à plusieurs ouvrages regroupant les différentes interventions pour constituer des ouvrages de référence sur l’histoire de la Réserve (dont l’historique de Roger Anselme qui nous a été d’une grande utilité pour cet article !) et la nature de la Haute-Chaine ainsi que sur des problématiques allant bien au-delà de notre territoire, comme la question, toujours d’actualité : « Gérer la biodiversité, nécessité ou fatalité ? ».

A partir de 2006. Enfin, les scientifiques sont écouté.es !
La Réserve Naturelle se dote d’un Conseil Scientifique afin d’éclairer les choix de gestion de la Réserve, comme proposé dès 1984 par les naturalistes dans leur projet associatif.
En 2009, la Réserve Naturelle accueillera même le Congrès des Réserves Naturelles de France.

Deux ans plus tard, la « Maison de la Réserve Naturelle » et son exposition permanente, largement élaborée par Pierre-Maurice Laurent qui continue de réaliser des visites guidées, est inaugurée. Hélas, située au sein de Pays de Gex Agglo, cette « Maison » n’est pas accessible les weekends, ce qui ne facilite pas l’appropriation de notre joyau naturel par les Gessien.nes. Les ARN continuent à défendre la création d’une Maison de la Réserve digne de ce nom, plus largement ouverte au public (voir article sur le Col de la Faucille).

Au fil des années, de nombreuses études ont été conduites sur la Haute-Chaine, parmi lesquelles l’étude d’ampleur concernant le Reculet – Crêt de la Neige (2016), qui a fait l’objet du premier cahier de la Réserve Naturelle (https://www.rnn-hautechainedujura.fr/actu-1/) et a bénéficié d’une présentation au grand public, notamment via des conférences à deux voix réalisées par Jacques Bordon et Alexandre Malgouverné.

Et maintenant… quel avenir pour la Réserve Naturelle dans les décennies à venir ?
Il est entre les mains de l’équipe salariée qui prend soin d’elle (et qui vous dira tout – ou presque – lors de notre AG du vendredi 16 février prochain… à vos agendas !) ainsi que de l’ensemble des gestionnaires et partenaires.
Les Ami.es de la Réserve comptent bien continuer à jouer ce rôle de sentinelle, garante des objectifs de préservation qui ont présidé à la création de la Réserve ! Nous tenterons ainsi de suivre le chemin tracé par les illustres naturalistes militant.es qui nous ont précédé.es !

Marjorie Lathuillière, avec l’aide précieuse de Jacques Bordon